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Devenir chauffeur LOTI : conditions, licence et coûts

Par Chloé Savre, Rédactrice8 min de lecture

Réglementation française. Pour la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Maroc, voir les guides par pays.

Un chauffeur LOTI conduit pour une entreprise titulaire d'une licence de transport intérieur de personnes et n'effectue que du transport collectif. Le permis B suffit jusqu'à neuf places conducteur compris, au-delà le permis D et la formation de conducteur de transport de voyageurs sont exigés. L'entreprise doit détenir l'attestation de capacité professionnelle et justifier 1 500 euros de capacité financière par véhicule de neuf places au plus.

Un groupe de voyageurs vus de dos monte dans un minibus blanc garé devant l'entrée vitrée d'un hôtel, coffre ouvert et bagages.

Le terme LOTI revient dans toutes les recherches sans que sa définition soit claire, et les informations approximatives sont nombreuses. Ce guide décrit le parcours réel, avec les conditions, les montants et les règles d'exploitation.

Qu'est-ce qu'un chauffeur LOTI ?

LOTI n'est pas un acronyme de métier : c'est le sigle de la loi d'orientation des transports intérieurs du 30 décembre 1982, qui a organisé le transport public de personnes en France.

Un chauffeur dit LOTI est donc un conducteur qui travaille pour une entreprise titulaire d'une licence de transport intérieur de personnes et qui effectue du transport collectif. La réservation porte sur plusieurs personnes qui voyagent ensemble, pour un même motif et un même trajet : navettes de personnel, transferts de groupe, excursions, séminaires, mise à disposition pour un événement.

Pour la définition détaillée du service et son usage côté client, voyez notre article sur le transport LOTI ; pour les obligations et les sanctions, celui sur la loi LOTI.

En quoi le LOTI diffère-t-il du VTC ?

La nature de la prestation. C'est la différence essentielle. Le VTC transporte un client individuel ou un petit groupe qui réserve pour lui-même. Le LOTI transporte un groupe constitué. Un exploitant LOTI ne peut pas prendre une réservation individuelle comme le ferait un VTC.

L'autorisation d'exercer. Le VTC suppose une carte professionnelle de conducteur et l'inscription de l'entreprise au registre des exploitants VTC, à 170 euros pour cinq ans. Le LOTI suppose que l'entreprise détienne une licence de transport intérieur, ce qui implique un gestionnaire de transport titulaire de l'attestation de capacité professionnelle, une capacité financière et l'honorabilité.

Le véhicule. C'est le point le plus mal compris. L'article L.3112-1 du code des transports prévoit que lorsque le point de départ et le point d'arrivée d'un transport occasionnel se situent dans le ressort d'une même autorité organisatrice soumise à l'obligation d'établir un plan de mobilité, le service est exécuté exclusivement avec un véhicule comportant plus de huit places assises outre le siège du conducteur, soit dix places au total au minimum. Sur ces trajets urbains, un neuf places ne suffit pas.

La clientèle. Le LOTI travaille majoritairement avec des entreprises, des collectivités, des agences de voyage et des organisateurs d'événements. La clientèle est contractuelle, avec des volumes réguliers et des délais de paiement.

Un point à retenir : le régime LOTI n'est pas une version allégée du VTC. C'est un régime différent, avec des contraintes d'exploitation plus lourdes côté entreprise, mais un accès à des marchés que le VTC ne peut pas servir.

Pourquoi choisir cette voie ?

Les avantages

  • Des marchés inaccessibles au VTC : marchés publics, transport de personnel, scolaire, navettes d'entreprise, tourisme de groupe.
  • Des contrats plutôt que des courses : la récurrence contractuelle sécurise le chiffre d'affaires bien mieux que le volume à l'unité.
  • Une clientèle professionnelle : elle négocie, mais elle reste, et elle ne compare pas votre prix avec une application chaque matin.
  • Une rentabilité au véhicule : un véhicule qui transporte un groupe génère un chiffre d'affaires par trajet sans équivalent en transport individuel.

Les contraintes

  • Un cadre plus exigeant : licence, capacité professionnelle, capacité financière, temps de conduite et de repos.
  • Un investissement supérieur : les véhicules de transport de groupe coûtent plus cher, à l'achat comme à l'entretien.
  • Des revenus saisonniers : le tourisme et le scolaire ont des creux marqués.
  • Une gestion plus lourde : plusieurs conducteurs, plusieurs véhicules, des documents et des échéances à tenir pour chacun.

Quelles conditions faut-il remplir ?

Pour conduire

  • Âge et droits civils : être majeur et jouir de ses droits civils.
  • Permis adapté : le permis B suffit jusqu'à neuf places conducteur compris. Au-delà, le permis D et la formation initiale minimale obligatoire de conducteur de transport de voyageurs sont exigés.
  • Aptitude médicale : certificat attestant l'aptitude à la conduite professionnelle.
  • Honorabilité : le bulletin numéro 2 du casier judiciaire ne doit pas comporter de condamnations incompatibles.

Pour exploiter

C'est là que se situe la vraie barrière à l'entrée. L'entreprise doit obtenir sa licence de transport intérieur de personnes, ce qui suppose :

  • l'attestation de capacité professionnelle en transport routier de personnes, détenue par le gestionnaire de transport. Notre article sur comment passer la capacité de transport en candidat libre détaille cette démarche ;
  • la capacité financière, justifiée par des capitaux propres ou une garantie bancaire couvrant au plus la moitié du montant exigé ;
  • l'honorabilité professionnelle du dirigeant et du gestionnaire de transport ;
  • l'inscription au registre des transporteurs, auprès du service régional compétent.

Faut-il suivre une formation ?

La formation n'est pas obligatoire pour se présenter à l'examen de capacité professionnelle, mais elle est vivement recommandée : le programme couvre le droit des transports, le droit social, la gestion et la sécurité, et il ne s'improvise pas. Une seule session d'examen par an, le 14 octobre en 2026 (inscriptions closes le 26 juin 2026 sur la plateforme Cyclades), avec une redevance de 30 euros. La prochaine est attendue courant octobre 2027 : un échec ou une inscription manquée coûte une année.

Au-delà de l'examen, une formation apporte trois choses concrètes :

  • la maîtrise des règles d'exploitation : temps de conduite, repos, documents de bord, obligations en cas de contrôle ;
  • la crédibilité commerciale : un donneur d'ordre professionnel vérifie vos qualifications avant de vous confier des passagers ;
  • la réduction des risques : connaître la réglementation évite les sanctions, mais surtout les accidents.

Combien coûte l'installation ?

PosteMontant
Redevance d'examen de capacité professionnelle30 €
Préparation à l'examende 1 000 € à 2 500 € selon la formule
Capacité financière, véhicule de 9 places au plus1 500 € par véhicule
Capacité financière, premier véhicule de plus de 9 places9 000 €
Capacité financière, véhicule suivant de plus de 9 places5 000 €

À ces montants s'ajoutent le véhicule, les assurances et les frais de dossier. La capacité financière est le poste que l'on découvre le plus souvent trop tard : pour démarrer avec deux minibus de dix places, ce sont 14 000 euros à immobiliser avant la première prestation.

Quel véhicule choisir ?

  • La capacité : premier critère, et il détermine vos marchés. Rappelez-vous la règle des trajets réalisés dans le ressort d'une même autorité organisatrice, qui impose plus de huit places outre le conducteur.
  • Le permis : au-delà de neuf places conducteur compris, vous changez de catégorie de permis et de réglementation sociale.
  • Le confort : sur des trajets de groupe, souvent longs, c'est un argument commercial direct.
  • La consommation : sur des véhicules lourds et des trajets longs, l'écart entre deux modèles se chiffre en milliers d'euros par an.
  • La fiabilité et le réseau : une immobilisation annule une prestation de groupe, avec un client mécontent que vous ne récupérerez pas.
  • L'accessibilité : les rampes et les places adaptées ouvrent des marchés spécifiques, y compris publics.

Quelles règles de conduite et de repos s'appliquent ?

Dès que le véhicule est conçu pour transporter plus de neuf personnes, le règlement européen sur les temps de conduite s'applique. Ces règles sont contrôlées sur la route et en entreprise.

RègleDurée
Conduite journalière9 h, portée à 10 h deux fois par semaine
Conduite hebdomadaire56 h au maximum
Conduite sur deux semaines consécutives90 h au maximum
Interruption après 4 h 30 de conduite45 min, fractionnables en 15 min puis 30 min
Repos journalier11 h, réductible à 9 h trois fois entre deux repos hebdomadaires
Repos hebdomadaire45 h, réductible à 24 h une semaine sur deux
Durée du travail hebdomadaire44 h en moyenne sur 12 semaines

En dessous de ce seuil de places, ces durées ne s'appliquent pas de plein droit, mais les règles du code du travail et du code des transports sur la durée du travail restent applicables.

Quelles assurances souscrire ?

  • La responsabilité civile professionnelle : elle couvre les dommages causés à vos passagers ou à des tiers dans l'exercice de l'activité.
  • L'assurance du véhicule couvrant le transport de personnes à titre onéreux, avec le nombre de places transportées correctement déclaré. Un écart entre le nombre déclaré et le nombre réel se paie au moment du sinistre.
  • Les garanties complémentaires utiles : vol, bris de glace, et surtout véhicule de remplacement adapté. Sur une prestation de groupe, un véhicule de remplacement de dix places ne s'improvise pas.

Comment trouver des clients ?

La prospection LOTI n'a rien à voir avec celle du VTC. Vos clients ne sont pas des passagers, ce sont des organisations.

  • Les entreprises locales : navettes de personnel, transport de visiteurs, déplacements de groupe.
  • Les collectivités : transport scolaire, périscolaire, transport de personnes à mobilité réduite, marchés publics.
  • Les agences de voyage et réceptifs : transferts et excursions, avec des volumes concentrés en saison.
  • Les organisateurs d'événements : séminaires, salons, mariages, congrès.
  • Les autres exploitants : ils sous-traitent quand leur flotte est saturée. C'est souvent le canal le plus rapide pour démarrer.

Se faire connaître

  • Le bouche-à-oreille reste déterminant dans un métier où la fiabilité est le critère principal.
  • Une présentation professionnelle : un site avec vos véhicules, vos capacités, vos assurances et votre licence. Les acheteurs vérifient.
  • Le référencement chez les donneurs d'ordre : figurer sur leurs listes de transporteurs agréés demande un dossier, mais cela ouvre des années de récurrence.
  • La fidélisation : un client livré à l'heure vingt fois de suite ne remet pas son prestataire en concurrence pour cinquante euros.

Gérer l'exploitation au quotidien

L'exploitation LOTI met en jeu plusieurs conducteurs, plusieurs véhicules, des documents réglementaires avec des échéances, et une facturation par prestation ou par contrat. Le tableur cède rapidement.

Ce qu'il faut retenir

  • LOTI désigne la loi du 30 décembre 1982, pas un métier. Le régime impose une prestation réellement collective.
  • Le permis B suffit jusqu'à neuf places conducteur compris ; au-delà, permis D et formation de conducteur de transport de voyageurs.
  • Sur un trajet dont le départ et l'arrivée sont dans le ressort d'une même autorité organisatrice, le véhicule doit compter plus de huit places outre le conducteur.
  • Capacité financière de 1 500 euros par véhicule de neuf places au plus, 9 000 euros pour le premier véhicule au-delà, 5 000 euros par véhicule suivant.
  • Au-delà de neuf personnes transportées : 9 heures de conduite journalière, 56 heures par semaine, 90 heures sur deux semaines, 45 minutes de pause après 4 h 30.

Sources

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